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Sommaire

RAPPEL — Flèches courbes et gestes fondamentaux

Un mécanisme, c’est le film de la réaction, écrit avec des flèches courbes. Bonne nouvelle : il n’existe au fond que deux gestes. Tout le reste n’est qu’une combinaison de ces deux-là. Cette fiche est la grammaire commune à toutes les réactions du programme : maîtrise-la, et n’importe quel mécanisme devient une phrase.

Le langage des flèches courbes

   flèche PLEINE (⟶, double pointe) = 2 électrons (un doublet ou une liaison)
        part TOUJOURS d'un site RICHE  ───►  vers un site PAUVRE

   flèche à DEMI-POINTE (⇀, hameçon) = 1 seul électron (radicalaire)

   Exemple :  Nu:⁻ ⟶ C     (le doublet de Nu attaque le carbone δ+)
              C=O  ⟶ O      (le doublet π "remonte" sur l'oxygène)

Trois vérifications systématiques à chaque flèche :

  1. La flèche part d’un doublet non liant ou d’une liaison (jamais du vide, jamais d’un atome nu, jamais d’une charge +).
  2. La charge globale est conservée d’un bout à l’autre de l’étape.
  3. L’octet est respecté (pas de carbone à 5 liaisons).

Les deux seuls gestes fondamentaux

   ┌─────────────────────────────┬─────────────────────────────┐
   │   Une BASE arrive           │   Un ACIDE arrive            │
   ├─────────────────────────────┼─────────────────────────────┤
   │ arrache le H le plus ACIDE  │ protone le site le plus      │
   │ (pKa le plus bas)           │ BASIQUE (doublet dispo)      │
   │        │                    │        │                     │
   │        ▼                    │        ▼                     │
   │ crée un ANION               │ crée un CATION               │
   │ (nucléophile / base)        │ (électrophile activé)        │
   │ ex. HO⁻ + phénol→phénolate  │ ex. H⁺ + C=O → C=O⁺H         │
   │                             │ + débloque un groupe partant │
   │                             │ (–OH → –OH₂⁺, part en H₂O)   │
   └─────────────────────────────┴─────────────────────────────┘
Une BASE arriveUn ACIDE arrive
Arrache le H le plus acide (pKa le plus bas)Protone le site le plus basique (doublet le plus disponible)
Crée un anion : alcoolate, phénolate, carboxylate, énolate, thiolateCrée un cation : oxonium, ammonium
→ un nucléophile est né→ un électrophile est activé (lacune renforcée)
Ex. : HO⁻ + phénol → phénolateEx. : H⁺ + C=O → carbonyle protoné, C bien plus électrophile
Transforme aussi un mauvais groupe partant (–OH) en bon (–OH₂⁺, part en H₂O)

Cette table est la réponse générique à « que devient cette molécule ? ». Une base fabrique un nucléophile ; un acide active un électrophile (ou débloque un groupe partant). Tout mécanisme n’est qu’un enchaînement de ces deux gestes, entre lesquels s’intercale l’attaque nucléophile ⟶ électrophile.

Nucléophile, électrophile, groupe partant

  • Nucléophilie ≠ basicité. I⁻ est très nucléophile mais peu basique ; tBuO⁻ est très basique mais peu nucléophile (encombré). Ne pas confondre « aime les protons » (basicité, thermodynamique) et « aime les carbones » (nucléophilie, cinétique).
  • Bons groupes partants = bases faibles (donc bases conjuguées d’acides forts) : I⁻ > Br⁻ > Cl⁻, TsO⁻ (tosylate), H₂O, N₂.
  • Mauvais groupes partants : HO⁻, RO⁻, NH₂⁻ (bases fortes) → d’où la nécessité d’une catalyse acide qui les protone pour les rendre partables.
   Qualité de groupe partant  ∝  1 / basicité
   excellent : N₂ > TsO⁻ > I⁻ > Br⁻ > Cl⁻ > H₂O
   nul       : F⁻, HO⁻, RO⁻, H₂N⁻   (bases fortes → à "débloquer" par un acide)

Les intermédiaires réactionnels

  • Carbocation R₃C⁺ : stabilité III > II > I > méthyle (les groupes alkyles +I stabilisent la charge +). Encore mieux stabilisé par mésomérie : cations benzylique et allylique. Attention aux réarrangements (un carbocation peut migrer — hydrure ou méthyle — vers une position plus stable).
   stabilité des carbocations :
   CH₃⁺ < 1aire < 2aire < 3aire < allylique/benzylique (résonance)
   ────────────────── de plus en plus stable ──────────────────►
  • Carbanion R₃C⁻ : stabilisé par les groupes attracteurs et la délocalisation (énolates) ; ordre inverse des carbocations vis-à-vis des alkyles.
  • Radical : chimie à un électron (flèches à demi-pointe).
  • Énol / énolate : intermédiaire clé de la chimie en α d’un carbonyle.

Acétone : le carbone du carbonyle est le site électrophile visé par les nucléophiles

Pièges fréquents

  • Faire partir une flèche d’un H⁺ ou d’une charge + : une flèche part d’électrons (riche), pas d’un site pauvre.
  • Oublier de protoner un mauvais groupe partant : –OH ne part pas tel quel, il faut la catalyse acide.
  • Confondre nucléophilie et basicité : elles se recoupent mais un bon nucléophile peut être une base faible (I⁻).
  • Ignorer un réarrangement possible de carbocation (surtout en SN1/E1).

Exercices éclair

Exercice 1. On veut faire partir le –OH d’un alcool comme groupe partant. Pourquoi faut-il d’abord ajouter un acide ?

Correction

Parce que HO⁻ est un mauvais groupe partant (base forte). L’acide protone l’–OH en –OH₂⁺ : le groupe partant devient alors H₂O, une base faible et un excellent groupe partant. C’est le geste « un acide débloque un groupe partant » de la table.

Exercice 2. Classe ces carbocations par stabilité : CH₃⁺, (CH₃)₃C⁺, CH₃CH₂⁺.

Correction

(CH₃)₃C⁺ (tertiaire) > CH₃CH₂⁺ (primaire) > CH₃⁺ (méthyle). Plus il y a de groupes alkyles autour de la charge +, plus l’effet +I la stabilise. Un carbocation benzylique ou allylique serait encore au-dessus, grâce à la mésomérie (charge délocalisée).

Exercice 3. Dans la réaction HO⁻ + CH₃–Br → CH₃–OH + Br⁻, identifie le nucléophile, l’électrophile et le groupe partant, et dis de quels gestes il s’agit.

Correction
  • Nucléophile : HO⁻ (site riche, doublet).
  • Électrophile : le carbone de CH₃–Br (δ+ car lié au Br électronégatif).
  • Groupe partant : Br⁻ (base faible, bon partant).

Geste : le doublet de HO⁻ attaque le carbone δ+ (flèche riche→pauvre) pendant que la liaison C–Br se rompt (flèche vers Br). C’est une substitution en une étape (SN2) : un seul geste concerté « attaque + départ ».

À retenir

  • Flèche pleine = 2 électrons, du riche vers le pauvre ; vérifier départ, charge, octet.
  • Deux gestes : une base fabrique un nucléophile (arrache un H) ; un acide active un électrophile et débloque les groupes partants.
  • Nucléophilie ≠ basicité ; bons groupes partants = bases faibles (I⁻, H₂O, TsO⁻).
  • Carbocations : III > II > I, encore mieux si benzylique/allylique ; attention aux réarrangements.
Mis à jour le 6 septembre 2026 mécanismeflèchesnucléophileélectrophilegroupe partant