RAPPEL — Tampons, titrages et point isoélectrique
Cette fiche regroupe les trois applications quantitatives de l’acide-base qui tombent en TP : fabriquer un tampon, lire un titrage, calculer un point isoélectrique. Toutes reposent sur une seule formule déjà vue : Henderson-Hasselbalch (pH = pKa + log([base]/[acide])).
Les tampons : résister aux variations de pH
Un tampon est un mélange, en quantités comparables, d’un acide faible et de sa base conjuguée (ex. CH₃COOH + CH₃COO⁻). Il encaisse les ajouts d’acide ou de base sans que le pH bouge beaucoup :
ajout d'ACIDE (H⁺) ajout de BASE (HO⁻)
│ │
▼ ▼
consommé par la BASE consommé par l'ACIDE
du couple (A⁻ + H⁺ → AH) du couple (AH + HO⁻ → A⁻ + H₂O)
│ │
└──── le pH ne bouge presque pas ────┘
(tant qu'il reste des deux formes en réserve)
- un ajout d’acide est neutralisé par la base du couple ;
- un ajout de base est neutralisé par l’acide du couple.
Pouvoir tampon maximal quand pH = pKa (là, [acide] = [base], le mélange amortit également dans les deux sens). Zone utile : pKa ± 1.
Pour préparer un tampon à un pH voulu, on choisit donc un couple dont le pKa est proche du pH cible, puis on ajuste le rapport base/acide avec Henderson-Hasselbalch.
Tampons physiologiques à connaître :
- Bicarbonate (H₂CO₃/HCO₃⁻, pKa apparent 6,1) : le grand régulateur du pH sanguin (7,4), couplé à la respiration (le CO₂ expiré déplace l’équilibre — c’est un tampon « ouvert »).
- Phosphate (H₂PO₄⁻/HPO₄²⁻, pKa 7,2) : tampon intracellulaire, très proche du pH physiologique.
- Histidine des protéines (imidazole, pKa ≈ 6,0) : tampon protéique.
Les titrages : suivre une neutralisation
On ajoute progressivement une base (ou un acide) et on suit le pH. Deux points remarquables sur la courbe :
pH
14│ ___________
│ ____/ ← saut brutal
│ / = ÉQUIVALENCE (tout neutralisé)
pKa│· · · · · ·__________/
│ ____/ ← plateau tampon (pH varie peu)
│ ___/
│_/ ↑
│ DEMI-ÉQUIVALENCE : [acide]=[base] → pH = pKa
└──────┬──────────┬────────────► volume de base ajouté
Véq/2 Véq
- L’équivalence : on a versé exactement la quantité nécessaire pour tout neutraliser. C’est le saut brutal de pH (repéré par un indicateur coloré ou un pH-mètre).
- La demi-équivalence : on a neutralisé la moitié de l’acide → [acide] = [base] → pH = pKa. C’est aussi le milieu du plateau tampon.
La demi-équivalence est LA méthode expérimentale de détermination d’un pKa : on lit le pH à la moitié du volume équivalent.
Pour un polyacide (H₃PO₄ par ex.), on observe plusieurs sauts, un par acidité (pKa₁, pKa₂, pKa₃), donc plusieurs demi-équivalences. Le bon indicateur coloré est celui dont la zone de virage encadre le pH à l’équivalence.
Ampholyte et point isoélectrique
Pour un ampholyte encadré par deux pKa, le pH où il est majoritairement sous sa forme neutre (ou zwitterionique) est la moyenne des deux pKa :
pH de l’ampholyte = (pKa₁ + pKa₂) / 2
Appliqué à un acide aminé, ce pH particulier s’appelle le point isoélectrique (pI) : c’est le pH où la molécule porte une charge nette nulle (le zwitterion, avec –COO⁻ et –NH₃⁺ simultanément).
pH croissant →
forme : ⁺H₃N–CHR–COOH → ⁺H₃N–CHR–COO⁻ → H₂N–CHR–COO⁻
charge : +1 0 (zwitterion) −1
│ │ │
pH<pKa₁ pI = (pKa₁+pKa₂)/2 pH>pKa₂
À pI : charge nette NULLE → ne migre pas, solubilité MINIMALE.
À son pI, l’acide aminé ne migre pas dans un champ électrique (base de l’électrophorèse) et sa solubilité est minimale (les molécules neutres s’agrègent).

Cas d’un acide aminé à 3 fonctions (chaîne latérale ionisable) : le pI est la moyenne des deux pKa qui encadrent la forme neutre (pas forcément pKa₁ et pKa₂ ; il faut repérer les deux pKa autour de la charge 0).
Pièges fréquents
- Confondre équivalence et demi-équivalence : pKa se lit à la demi-équivalence, pas au saut.
- Prendre n’importe quels deux pKa pour le pI : ce sont ceux qui encadrent la forme neutre (charge nette 0).
- Choisir un tampon loin de son pKa : hors de pKa ± 1, il ne tamponne quasiment plus.
- Oublier que pouvoir tampon dépend aussi de la concentration : un tampon dilué s’épuise vite.
Exercices éclair
Exercice 1. La glycine a pKa₁ = 2,3 (–COOH) et pKa₂ = 9,6 (–NH₃⁺). Calcule son pI.
Correction
pI = (2,3 + 9,6) / 2 = 5,95 ≈ 6,0. À ce pH, la glycine est très majoritairement sous forme zwitterion (charge nette nulle) : COO⁻ car pH > 2,3, et NH₃⁺ car pH < 9,6.
Exercice 2. Tu veux un tampon à pH 7,3. Entre l’acide acétique (pKa 4,8) et le couple phosphate (pKa 7,2), lequel choisis-tu ?
Correction
Le couple phosphate (pKa 7,2) : son pKa est à 0,1 unité du pH visé, donc en pleine zone utile (pKa ± 1) → pouvoir tampon quasi maximal. L’acétate (pKa 4,8) est à 2,5 unités : hors zone utile, il tamponnerait très mal à pH 7,3.
Exercice 3. L’acide aspartique a pKa₁ = 2,0 (α-COOH), pKa₂ = 3,9 (COOH de la chaîne) et pKa₃ = 9,9 (NH₃⁺). Quel est son pI ?
Correction
La forme neutre (charge 0) est encadrée par les deux pKa des deux acides carboxyliques (les groupes qui, en se déprotonant, font passer la charge de +1 à 0 puis 0 à −1) : pI = (pKa₁ + pKa₂)/2 = (2,0 + 3,9)/2 = ≈ 2,95. Le pKa de l’amine (9,9) n’intervient pas : c’est un acide aminé acide, son pI est bas (bien en dessous de 7). Réflexe : pour un acide aminé acide, le pI est la moyenne des deux COOH.
À retenir
- Tampon = acide faible + base conjuguée ; efficacité maximale à pH = pKa, zone utile pKa ± 1.
- Physio : bicarbonate 6,1, phosphate 7,2, histidine 6,0.
- Titrage : demi-équivalence ⇒ pH = pKa (mesure d’un pKa) ; équivalence = saut de pH ; un saut par acidité.
- pI = moyenne des deux pKa qui encadrent la forme neutre : charge nette nulle, solubilité minimale (zwitterion).