flow
Sommaire

RAPPEL — La table de pKa à connaître par cœur

C’est le seul apprentissage par cœur de tout le programme — et celui qui fait la différence entre « je devine » et « je prédis ». Sans ces valeurs, impossible de dire la forme d’un médicament à un pH donné, ni de choisir une base pour une réaction. Bonne nouvelle : une quinzaine de repères suffisent, le reste s’interpole grâce aux 5 facteurs de force.

L’axe des pKa (à visualiser en premier)

   ACIDE FORT ◄─────────────────────────────────────────────► ACIDE FAIBLE
   pKa:  −7    0    2    4    6    8    10   12   14   16   25   36   50
         │     │    │    │    │    │    │    │    │    │    │    │    │
        HCl  RSO₃H │  R-COOH │ RSH  phénol │  H₂O/ROH│  alcyne│  alcane
                   H₃PO₄   imidazole  R-NH₃⁺  guanidinium  amine(N-H)
                   (2,1)    (7)       (10,6)  (12,5)

   Repère cardinal : le pH physiologique = 7,4 (trait mental vertical).
   Tout ce qui est À GAUCHE de 7,4 sera ionisé (déprotoné) dans le sang :
   les acides → anions.
   Tout ce qui est À DROITE de 7,4 restera protoné :
   les amines → cations ammonium.

Les repères mentaux (à ancrer en premier)

Avant la table complète, plante six bornes dans ta tête :

  • ≈ 0 : acides très forts (sulfonique, minéraux).
  • ≈ 4–5 : acides carboxyliques.
  • ≈ 7 : imidazole, p-nitrophénol (pile autour du pH physiologique).
  • ≈ 10 : phénol et ammoniums d’amines.
  • ≈ 16 : eau et alcools.
  • ≈ 25 et plus : alcynes, puis amines et alcanes (quasi non acides).

Avec ça, tu situes n’importe quelle fonction à ± 1 unité.

La table complète

pKaAcideBase conjuguée
≈ −1Acide sulfonique R–SO₃Hsulfonate
0,4Acide picrique (2,4,6-trinitrophénol)picrate
0,7Acide trichloracétique
2,1 / 7,2 / 12,3H₃PO₄ (3 acidités)H₂PO₄⁻ / HPO₄²⁻ / PO₄³⁻
2,3–COOH d’un acide aminécarboxylate
2,9Acide chloracétique (effet −I)
3,5Aspirine (–COOH)
3,75Acide formiqueformiate
4,12,4-dinitrophénol
4,2Acide benzoïquebenzoate
4,4Ibuprofène
4,6Ion anilinium (C₆H₅NH₃⁺)aniline
4,8Acide acétiqueacétate
5,2Ion pyridiniumpyridine
6,4H₂CO₃ / HCO₃⁻ (apparent 6,1 dans le sang)hydrogénocarbonate
7,0Imidazolium (histidine, histamine)imidazole
7,2p-nitrophénol
8,3Thiol de la cystéinethiolate
9,25NH₄⁺NH₃
9,5Paracétamol (phénol)
≈ 10Phénolphénolate
10,6R–NH₃⁺ (méthylammonium)amine
12,5Guanidinium (arginine)guanidine
15,7H₂OHO⁻
16–18Alcool R–OHalcoolate
≈ 17N–H d’un amide
9 / 13 / 20 / 25Hα : β-dicétone / β-cétoester / cétone / esterénolate
25Alcyne terminal ≡C–Hacétylure
≈ 36N–H d’une amineamidure
≈ 50C–H d’un alcanecarbanion

Lire la table par familles

Ne l’apprends pas ligne par ligne, mais par bandes où le voisinage explique la variation :

   Carboxyliques   : 0,7 ── 3,5 ── 4,2 ── 4,8   (−I des voisins abaisse le pKa)
   Phénols         : 0,4 ── 4,1 ── 7,2 ── 9,5 ── 10  (les NO₂ −M abaissent)
   Ammoniums       : 4,6 ── 5,2 ── 7,0 ── 9,25 ── 10,6 ── 12,5
                     (plus la base est riche/résonante, plus l'ammonium résiste)
   O–H / C–H peu acides : 16 (H₂O, ROH) ── 25 (alcyne) ── 36 (amine) ── 50 (alcane)

Comment la mémoriser (rappel actif, pas relecture)

  • Par familles, pas ligne par ligne : « tous les carboxyliques autour de 4–5 », « tous les phénols de 4 à 10 selon les nitro », « tous les ammoniums de 5 à 11 selon le voisinage ».
  • Par écart au pH 7,4 : ce qui est en dessous sera ionisé en anion dans le sang (acides), ce qui est au-dessus restera cation (amines).
  • En justifiant chaque valeur par un des 5 facteurs de force : une valeur comprise se retient dix fois mieux qu’une valeur apprise.
  • Feuille blanche, chronomètre : reproduis la colonne des pKa de mémoire, puis vérifie. Le rappel actif bat la relecture.

Pièges fréquents

  • Confondre les 3 pKa du phosphate : 2,1 (H₃PO₄→H₂PO₄⁻), 7,2 (→HPO₄²⁻, le tampon physiologique), 12,3 (→PO₄³⁻).
  • Oublier que l’acide d’une amine est l’ammonium : la ligne « amine ~10,6 » désigne le pKa du couple R–NH₃⁺/R–NH₂.
  • Prendre le p-nitrophénol (7,2) pour un phénol banal : les NO₂ (−M) l’ont rendu bien plus acide que le phénol (10).

Exercices éclair

Exercice 1. Sans la table, situe le pKa d’un thiol (R–SH) par rapport à celui d’un alcool (R–OH), et dis lequel est plus acide.

Correction

Le thiol est plus acide (pKa ≈ 8–10) que l’alcool (pKa ≈ 16). Raison : le soufre est plus gros et plus polarisable que l’oxygène → il stabilise mieux la charge négative du thiolate (facteur « taille dans une colonne »). C’est pourquoi le thiol de la cystéine (pKa 8,3) est partiellement ionisé au pH physiologique.

Exercice 2. Range par acidité décroissante : acide acétique, phénol, éthanol.

Correction

Acide acétique (4,8) > phénol (10) > éthanol (16). Le carboxylate est stabilisé par 2 formes équivalentes ; le phénolate par délocalisation sur le cycle (moins efficace) ; l’éthanolate n’a aucune délocalisation. La délocalisation gouverne le classement.

Exercice 3. Le p-nitrophénol a un pKa de 7,2, le phénol 10. Explique l’écart, et déduis quelle forme domine pour chacun à pH 7,4.

Correction

Le groupe –NO₂ en para est −M (et −I) : il délocalise la charge du phénolate jusque sur ses oxygènes → base conjuguée bien plus stable → acide plus fort (pKa 7,2 au lieu de 10). À pH 7,4 : le p-nitrophénol (pKa 7,2) est ~50/50 à légèrement déprotoné (phénolate), tandis que le phénol (pKa 10) reste majoritairement neutre (pH − pKa = −2,6). Un simple substituant fait basculer l’ionisation physiologique.

À retenir

  • Six bornes d’abord (0, 4–5, 7, 10, 16, 25+), puis affinage par familles.
  • Visualise l’axe des pKa avec le trait du pH 7,4 : à gauche = ionisé (acides→anions), à droite = protoné (amines→cations).
  • Repères pharma clés : aspirine 3,5 · ibuprofène 4,4 · imidazole 7,0 · phénol/paracétamol ~10 · amine ~10,6 · guanidinium 12,5.
  • Mémorisation par familles et en justifiant chaque valeur, en rappel actif chronométré.
Mis à jour le 6 septembre 2026 pKaacide-basemémorisation