RAPPEL — Substitutions et éliminations (SN1, SN2, E1, E2)
Quand un nucléophile (ou une base) rencontre un carbone porteur d’un groupe partant, deux issues possibles : il remplace le groupe partant (substitution) ou il arrache un H voisin pour créer une double liaison (élimination). Quatre mécanismes en tout, deux grandes logiques : concertée (une étape) ou par carbocation (deux étapes). Comprendre ce qui gouverne le choix, c’est prédire le produit.
Vue d’ensemble : 2 axes
CONCERTÉ (1 étape) PAR CARBOCATION (2 étapes)
SUBSTITUTION SN2 SN1
ÉLIMINATION E2 E1
axe 1 : remplacer (S) vs éliminer (E)
axe 2 : concerté (2) vs via carbocation (1)
SN2 : concertée, en une étape
Le nucléophile attaque pendant que le groupe partant s’en va, par l’arrière (à l’opposé du groupe partant) :
Nu⁻ → C–X [Nu···C···X]‡ Nu–C + X⁻
attaque état de transition inversion !
dorsale unique (les 2 à la fois)
R R
| devient |
Nu–- C (les 3 autres liaisons se retournent "comme un parapluie")
|
R'
- Une seule étape ; vitesse ∝ [substrat]·[nucléophile] (bimoléculaire).
- Inversion de Walden : la molécule se retourne → inversion de configuration au carbone.
- Favorisée par : carbone primaire (peu encombré), nucléophile fort, bon groupe partant, solvant aprotique polaire (DMSO, acétone, DMF — ils solvatent le cation mais laissent le nucléophile « nu » et réactif).
SN1 : deux étapes, via un carbocation
Étape 1 (LENTE, cinétiquement déterminante) : C–X → C⁺ + X⁻
Étape 2 (rapide) : C⁺ + Nu⁻ → C–Nu
- Deux étapes ; vitesse ∝ [substrat] seul (monomoléculaire).
- Le carbocation est plan (sp²) → le nucléophile attaque des deux faces → racémisation (perte de l’info stéréo).
- Favorisée par : carbone tertiaire (carbocation stable), bon groupe partant, solvant protique (eau, alcool → stabilisent les charges par liaison H). Risque de réarrangement du carbocation.
E1 et E2 : les éliminations
E2 (concertée) E1 (2 étapes)
base arrache Hβ ANTI C–X → C⁺ (lent) puis base arrache Hβ
pendant que X part (même carbocation que SN1)
H X H
| | |
—C — C— → C=C + BH + X⁻ —C — C⁺ → C=C + BH⁺
(anti-périplanaire) (protique, chaleur)
- E2 : concertée, une base arrache un H anti-périplanaire au groupe partant pendant que celui-ci part → double liaison. Favorisée par base forte.
- E1 : deux étapes, même carbocation que la SN1, puis une base arrache un H voisin. Favorisée par carbone tertiaire, solvant protique, chaleur.
Règle de Zaïtsev : l’élimination donne majoritairement l’alcène le plus substitué (le plus stable). Exception avec une base très encombrée (tBuO⁻) → alcène le moins substitué (Hofmann).
Trancher la compétition
| Tu veux… | Utilise… | Conditions | Stéréochimie |
|---|---|---|---|
| SN2 | nucléophile fort peu basique, C primaire | aprotique polaire | inversion |
| SN1 | C tertiaire, nucléophile faible | protique | racémisation |
| E2 | base forte (encombrée) | chaleur | H anti, Zaïtsev |
| E1 | C tertiaire | protique, chaleur | Zaïtsev |
Réflexes de tri :
base forte + encombrée + chaleur → ÉLIMINATION (E2)
bon nucléophile peu basique (I⁻) + C 1aire → SUBSTITUTION (SN2)
C tertiaire + solvant protique → SN1 / E1 (souvent mélange)
C primaire ne fait quasi jamais de SN1/E1 (carbocation 1aire trop instable)
Pièges fréquents
- SN2 sur un carbone tertiaire : impossible (trop encombré) → c’est SN1/E1 qui opèrent.
- Oublier la stéréochimie : SN2 = inversion, SN1 = racémisation.
- Zaïtsev vs Hofmann : base encombrée (tBuO⁻) → alcène le moins substitué.
- Négliger le solvant : protique favorise les carbocations (SN1/E1), aprotique polaire favorise SN2.
Exercices éclair
Exercice 1. Un bromoalcane tertiaire est mis dans l’eau (solvant protique). SN1 ou SN2 ? Quelle conséquence sur la stéréochimie ?
Correction
SN1 : le carbone tertiaire forme un carbocation stable, et l’eau (protique) le stabilise. Le carbocation étant plan, l’eau attaque les deux faces → racémisation (mélange des deux configurations). Une SN2 est impossible ici (carbone trop encombré).
Exercice 2. On traite un 2-bromobutane par le tert-butylate de potassium (base forte, très encombrée). Substitution ou élimination, et quel produit majoritaire ?
Correction
Élimination E2 : le tBuO⁻ est une base forte mais trop encombrée pour attaquer le carbone (mauvais nucléophile). Elle arrache un Hβ → alcène. Attention : base très encombrée → produit Hofmann = l’alcène le moins substitué (but-1-ène), et non le Zaïtsev. Avec une base petite (HO⁻, EtO⁻), on aurait le but-2-ène (Zaïtsev).
Exercice 3. Un iodométhane CH₃I réagit avec CN⁻ dans le DMSO. Mécanisme, produit, stéréochimie ?
Correction
SN2 : carbone primaire (méthyle, non encombré), nucléophile fort (CN⁻), solvant aprotique polaire (DMSO) — les conditions idéales. Produit : CH₃–CN (acétonitrile) + I⁻. Stéréochimie : sur un méthyle il n’y a pas de centre stéréogène, mais le mécanisme est bien une attaque dorsale unique (l’inversion serait visible sur un carbone substitué).
À retenir
- SN2 : 1 étape, inversion de Walden, C primaire + Nu fort + aprotique.
- SN1 : carbocation plan, racémisation, C tertiaire + protique (risque de réarrangement).
- E2 (base forte, concertée, H anti) / E1 (carbocation) → alcène ; Zaïtsev = plus substitué (sauf base encombrée → Hofmann).
- Compétition : base forte encombrée + chaleur ⇒ élimination ; bon nucléophile + C primaire ⇒ substitution.