RAPPEL — Isomérie et chiralité
Deux molécules de même formule brute peuvent être radicalement différentes. Classer proprement les isomères évite les confusions classiques (énantiomères vs diastéréoisomères), et la chiralité est au cœur de l’activité des médicaments : deux images miroir peuvent soigner… ou empoisonner.
La carte des isomères
Isomères (MÊME formule brute)
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├─ de CONSTITUTION : liaisons différentes
│ chaîne · position · fonction
│
└─ STÉRÉOISOMÈRES : mêmes liaisons, arrangement 3D différent
│
├─ de CONFIGURATION (rompre une liaison pour passer de l'un à l'autre)
│ ├─ énantiomères : images miroir NON superposables (tous les C* inversés)
│ └─ diastéréoisomères : PAS images miroir (dont E/Z ; ≥2 C* partiellement inversés)
│
└─ de CONFORMATION (simple rotation autour d'une σ, AUCUNE rupture)
Distinction cruciale :
- Énantiomères = images dans un miroir, non superposables. Mêmes propriétés physiques (point de fusion, solubilité…) sauf vis-à-vis de la lumière polarisée et d’un environnement chiral (récepteur, enzyme).
- Diastéréoisomères = stéréoisomères qui ne sont pas images l’un de l’autre. Propriétés physiques différentes → séparables par distillation, cristallisation, chromatographie ordinaire.
Le carbone asymétrique (C*)
Un carbone asymétrique porte 4 substituants tous différents. C’est la source la plus courante de chiralité.
Exemple : l'alanine (carbone α asymétrique)
COOH
|
H₂N ——— C ——— H les 4 groupes : –COOH, –NH₂, –CH₃, –H
| → tous différents → C* → molécule chirale
CH₃
(à comparer : la glycine a –H, –H, –NH₂, –COOH → deux H identiques
→ PAS de C* → achirale)
Molécule chirale : le vrai test
Une molécule est chirale si elle n’a ni plan ni centre de symétrie (elle n’est pas superposable à son image miroir).
Attention : avoir un C* n’est ni nécessaire ni suffisant. Le vrai critère est l’absence d’élément de symétrie. Un C* isolé rend presque toujours chiral, mais on peut avoir des C* et rester achiral (cas méso, ci-dessous), ou être chiral sans C* (allènes, biphényles).
Composés méso : le piège
Un composé méso possède des carbones asymétriques mais un plan de symétrie interne → il est achiral (superposable à son image malgré ses C*).
Acide tartrique méso :
COOH un miroir interne (⋯) relie
H–C–OH la moitié haute et la moitié basse
⋯⋯⋯⋯⋯⋯⋯⋯⋯⋯ → les 2 C* "s'annulent" → molécule ACHIRALE
HO–C–H
COOH
L’acide tartrique méso : deux C*, mais un miroir interne annule la chiralité.
La règle des 2ⁿ
Le nombre maximal de stéréoisomères pour une molécule à n carbones asymétriques est 2ⁿ.
n C* → 2ⁿ stéréoisomères MAX
1 C* → 2 (1 paire d'énantiomères)
2 C* → 4 (2 paires) … SAUF si forme méso → 3 seulement
3 C* → 8 …
- À corriger à la baisse en présence de composés méso (certains « doublons » n’existent pas).
- Exemple : 2 C* → au plus 4 stéréoisomères ; s’il y a une forme méso, on tombe à 3.
Mélange racémique
Un mélange racémique contient les deux énantiomères à 50/50. Son pouvoir rotatoire est nul (les rotations opposées se compensent). Les séparer s’appelle une résolution (ou dédoublement) — nécessairement via un environnement chiral (agent de résolution, colonne chirale).
Culture générale : il existe une chiralité sans C* (allènes, biphényles atropisomères) — à savoir citer, pas à maîtriser.
Pièges fréquents
- « Un C ⇒ chiral »* : faux en présence d’un plan de symétrie interne (méso).
- Confondre énantiomères et diastéréoisomères : énantiomères = toutes les configurations inversées (image miroir) ; diastéréoisomères = certaines seulement.
- Oublier de retrancher les méso dans le décompte 2ⁿ.
- Prendre les conformères pour des isomères de configuration : la rotation d’une σ ne crée pas de nouvel isomère de configuration.
Exercices éclair
Exercice 1. L’acide lactique CH₃–CH(OH)–COOH est-il chiral ? Combien de stéréoisomères ?
Correction
Son carbone central porte 4 groupes différents (H, OH, CH₃, COOH) → c’est un C*, la molécule est chirale. Un seul C* → 2ⁿ = 2¹ = 2 stéréoisomères : les acides (R)- et (S)-lactique, énantiomères l’un de l’autre.

Exercice 2. Une molécule a 2 carbones asymétriques et un plan de symétrie interne. Combien de stéréoisomères réels ?
Correction
2ⁿ = 2² = 4 en théorie, mais le plan de symétrie interne crée une forme méso (achirale) qui « fusionne » deux structures : il n’en reste que 3 (une paire d’énantiomères + un composé méso). C’est le cas de l’acide tartrique.
Exercice 3. Le (2R,3R)- et le (2S,3S)-butane-2,3-diol : énantiomères ou diastéréoisomères ? Et le (2R,3S) par rapport au (2R,3R) ?
Correction
(2R,3R) et (2S,3S) : toutes les configurations sont inversées → énantiomères (images miroir). (2R,3S) est en fait le composé méso (plan interne) ; comparé au (2R,3R), une seule configuration diffère → ils sont diastéréoisomères. Ce diol illustre pile la règle : 2 C* mais seulement 3 stéréoisomères (la paire R,R / S,S + le méso).
À retenir
- Constitution (chaîne/position/fonction) vs stéréoisomères (configuration : énantiomères / diastéréoisomères ; conformation : rotation).
- Énantiomères = images non superposables (mêmes propriétés physiques) ; diastéréoisomères = propriétés différentes (séparables).
- Chiral = ni plan ni centre de symétrie ; méso = C* mais plan interne ⇒ achiral.
- 2ⁿ stéréoisomères max, à réduire s’il y a des méso ; racémique = 50/50, rotation nulle.