RAPPEL — Substitution électrophile aromatique (SEAr)
Un cycle aromatique est riche en électrons π : il attire les électrophiles. Mais au lieu de casser son aromaticité par une addition, il substitue un H — pour la restaurer. C’est la SEAr, la grande réaction des benzènes et hétérocycles, et la clé pour comprendre où et à quelle vitesse un cycle réagit.
Le mécanisme via l’arénium
① le nuage π attaque l'électrophile E⁺
⬡ + E⁺ → [arénium]⁺ (carbocation cyclique, aromaticité ROMPUE)
│ stabilisé par résonance (3 formes limites)
② une base arrache le H du carbone attaqué
[arénium]⁺ → ⬡–E + H⁺ (aromaticité RESTAURÉE)
Un électrophile fort (généré in situ) attaque le nuage π → carbocation intermédiaire (l’arénium, stabilisé par résonance) → perte d’un H⁺ → cycle réaromatisé, un substituant en plus. L’étape lente est la formation de l’arénium (on brise temporairement l’aromaticité, ça coûte cher) — d’où l’importance de tout ce qui stabilise ce carbocation.
Les grandes réactions (l’électrophile généré)
| Réaction | Substituant introduit | Électrophile | Catalyseur |
|---|---|---|---|
| Nitration | –NO₂ | NO₂⁺ | HNO₃ + H₂SO₄ |
| Halogénation | –Cl, –Br | X⁺ | FeX₃ (acide de Lewis) |
| Sulfonation | –SO₃H | SO₃ / HSO₃⁺ | H₂SO₄ fumant |
| Friedel-Crafts alkylation | –R | R⁺ | AlCl₃ |
| Friedel-Crafts acylation | –COR | RCO⁺ (acylium) | AlCl₃ |
Les substituants dictent tout : vitesse ET position
Un substituant déjà présent modifie le cycle avant l’arrivée du second : il l’active ou le désactive (vitesse), et il oriente l’électrophile (position). La logique est unique : le substituant stabilise-t-il ou déstabilise-t-il l’arénium ?
Groupe DONNEUR (+M/+I) Groupe ATTRACTEUR (−M/−I)
enrichit le cycle appauvrit le cycle
→ stabilise l'arénium → déstabilise l'arénium
→ ACTIVANT (plus rapide) → DÉSACTIVANT (plus lent)
→ oriente ORTHO / PARA → oriente MÉTA
Activants, ortho/para-orienteurs (ils enrichissent le cycle, +M ou +I) :
- –NH₂, –OH, –OR, –NHCOR (donneurs par +M, très activants) ;
- alkyles (–CH₃…, +I, activants modérés).

Désactivants, méta-orienteurs (ils appauvrissent le cycle, −M/−I) :
- –NO₂, –C≡N, –SO₃H, –COR, –COOH, –CF₃.

Le cas particulier à citer — les halogènes : désactivants (leur −I l’emporte → cycle plus lent) mais o/p-orienteurs (leur +M dirige tout de même en ortho/para). C’est le seul groupe « désactivant mais o,p ».
Pourquoi o/p et pas m ? (le point qui fait la différence)
Un donneur ne peut délocaliser sa densité que vers les positions ortho et para (jamais méta — regarde le phénolate). C’est là que l’arénium est le mieux stabilisé quand l’électrophile s’y fixe.
Attaque en ORTHO ou PARA d'un donneur :
l'arénium a une forme limite où la charge + tombe SUR le carbone
portant le donneur → le donneur la neutralise directement → TRÈS stabilisé.
Attaque en MÉTA : cette forme salvatrice n'existe pas → moins stabilisé.
→ donc l'électrophile va préférentiellement en o/p.
Vulgarisation : un groupe donneur rend le cycle « généreux » (plus réactif) et guide le nouvel arrivant en ortho/para. Un groupe attracteur rend le cycle « radin » (moins réactif) et ne laisse que la position méta (la moins déstabilisée). Ceci explique directement pourquoi phénol et aniline sont hyper-réactifs en SEAr.
Pièges fréquents
- Confondre vitesse et orientation : les halogènes désactivent mais orientent o/p.
- Placer une charge en méta pour un donneur : impossible, la délocalisation d’un +M ne va qu’en o/p.
- Oublier que la 2ᵉ substitution dépend du 1er groupe : c’est lui qui commande.
- Friedel-Crafts sur un cycle désactivé : ne marche pas (cycle trop pauvre) ; impossible aussi sur l’aniline (l’azote empoisonne AlCl₃).
Exercices éclair
Exercice 1. On nitre le toluène (méthylbenzène). Le cycle réagit-il plus ou moins vite que le benzène, et où le NO₂ se fixe-t-il majoritairement ?
Correction
Plus vite : le méthyle est +I, donc activant. C’est un o/p-orienteur → on obtient surtout l’ortho- et le para-nitrotoluène (peu de méta). Groupe donneur = cycle plus réactif + orientation o/p.
Exercice 2. On veut nitrer le nitrobenzène une seconde fois. Facile ou difficile ? Position du nouveau NO₂ ?
Correction
Difficile : le premier –NO₂ est fortement désactivant (−M/−I), le cycle est appauvri, la réaction est lente et exige des conditions dures. Le nouveau –NO₂ se place en méta (m-orienteur) → 1,3-dinitrobenzène majoritaire.
Exercice 3. Pour fabriquer du para-nitrotoluène à partir du benzène, vaut-il mieux nitrer puis méthyler, ou méthyler puis nitrer ? Justifie par les effets directeurs.
Correction
Méthyler d’abord, nitrer ensuite. Le méthyle (activant, o/p-orienteur) dirige le NO₂ en para (et ortho) → on obtient le para-nitrotoluène. Si on nitrait d’abord, le –NO₂ (désactivant, m-orienteur) enverrait le méthyle (Friedel-Crafts) en méta — mauvaise position — et de toute façon Friedel-Crafts ne marche pas sur un cycle désactivé par un NO₂. L’ordre des étapes est dicté par les effets directeurs.
À retenir
- SEAr = l’électrophile substitue un H pour préserver l’aromaticité (via un arénium stabilisé par résonance).
- Activants o/p-orienteurs : –NH₂, –OH, –OR, –NHCOR, alkyles (+M/+I).
- Désactivants m-orienteurs : –NO₂, –COOH, –C≡N, –SO₃H, –CF₃ (−M/−I).
- Halogènes = exception : désactivants mais o/p-orienteurs.
- Phénol/aniline = hyper-réactifs (fort +M) ; l’ordre des étapes de synthèse dépend des effets directeurs.